Une brève histoire des femmes dans le numérique

par | ‘Oct 10, 2017’ | L'équipe Mediego

Une fois n’est pas coutume, cette semaine nous ne parlerons pas de marketing prédictif, des erreurs à éviter en e-commerce, des meilleures stratégies pour augmenter votre taux de conversion, ni même d’algorithmes et de data (pourtant on aime ça).  Nous parlerons des relations tumultueuses entre les femmes et l’informatique que ce soit dans les études, la recherche ou encore l’entrepreneuriat, tout ce qu’on nomme communément dans le jargon « the gender gap ».

Où en est-on en 2017 ?

Malheureusement pas tellement plus loin qu’il y a quelques années à tous les niveaux. Si les jeunes filles sont bien présentes dans les filières scientifiques du secondaire, en particulier parce qu’elles sont juste meilleures à l’école, elles boudent allègrement les sciences dites dures, dont l’informatique.  Là ou la proportion d’étudiantes en informatique a avoisiné dans les années 80, à l’heure des premiers pas de la discipline les 40 %, elle n’a eu de cesse de diminuer,  lentement mais surement,  29 % en 1989, 26 % en 1997, pour tomber aux alentours des 10 % aujourd’hui dans toutes les universités occidentales. Les jeunes filles se dirigent vers la médecine ou la biologie, comme si disséquer des grenouilles était plus gracieux que de programmer en Scala.

Évidemment une conséquence directe de ces ratios est une présence féminine très discrète dans les carrières techniques, qu’elles soient académiques ou industrielles : les open spaces colorés de la Silicon Valley sont très largement sous-féminisés et les chercheuses en informatique en restent à la portion congrue. Pire encore, si des femmes sont présentes dans les catégories « juniors », la proportion s’amenuise à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Un bel exemple est le faible nombre de prix Nobel scientifiques obtenus par des femmes en 116 ans d’existence (48 en tout à raison de 5 prix chaque année, I’ll let you do the math). Le plafond de verre est bien là, costaud, incassable et pas si transparent.

Et dans l’entrepreneuriat, les nouvelles ne sont pas plus rassurantes. Peu de femmes chefs d’entreprises, encore moins dans le numérique qu’ailleurs. Selon le baromètre 2017 d’EY, seules 10 % des startups du numérique ont une femme à leur tête et cette sous-représentation concerne l’ensemble des startups du numérique qui comptent seulement 28 % de salariés femmes. De là à ce qu’elles soient aux fonctions communication ou marketing, il n’y a pas loin. Cette sous-représentation s’applique aussi aux levées de fond : seulement 13 % des fonds sont levés par des startups dirigées par une femme quand bien même les analyses tendent à montrer qu’elles font preuve de plus de rationalité et de justesse dans l’expression de leurs besoins.

 

Comment en est-on arrivé la ?

Les raisons invoquées sont nombreuses et probablement toutes y contribuent : un florilège d’idées reçues, de stéréotypes tenaces  dont on n’arrive pas à se débarrasser alors même que de nombreuses initiatives sont lancées ici et là pour féminiser le numérique.  Parmi les clichés les plus fréquents, on compte le fait que l’informaticien est un geek. Est-ce vraiment l’impression qui ressort de sociétés comme Facebook, Netflix ou Amazon  dont les open spaces ressemblent à Disneyland ? On entend aussi souvent que pour être informaticien, il faut faire des études d’ingénieur et/ou scientifiques et ca c’est plutôt pour les garçons ? C’est vrai et alors ? Concevoir un algorithme ne nécessite pas de force physique, il me semble ? Enfin on associe encore trop souvent l’informatique aux jeux vidéos et ça, c’est bien connu c’est pour les garçons ! Vraiment en 2017 ?  À l’heure de Uber, des réseaux sociaux, d’Instagram ou autre Snapchat ? Ce n’est pas l’apanage des garçons on dirait.

Côté plafond de verre, celui-là même qui est responsable de la raréfaction des femmes dans la hiérarchie, qui limite à quelques pourcents le nombre de femmes qui se lancent dans les startups ou promeut moins de femmes chefs de laboratoire, professeur d’université ou directrice de recherche, il est causé, à mon humble avis, par au moins deux facteurs : les biais inconscients et l’autocensure.  Les femmes s’autocensurent, manquent d’assurance, s’écartent parfois, probablement inconsciemment, des postes à responsabilité, elles rechignent endosser le costume de leader charismatique requis par ces postes. Elles ont du mal à se reconnaître dans le vocabulaire saillant, voire guerrier,  truffé de métaphores sportives (plutôt football américain que danse classique des fiches de postes à responsabilité.  Par manque de confiance, parce qu’elles ont peur que cela nuise à leur famille, que cela donne l’impression qu’elles sont en passe d’émasculer leur entourage ou simplement que cela nuise à l’image qu’elles sont censées véhiculer. Et tout se concrétise dans ce qu’on appelle les biais inconscients : on, femmes et hommes, est, inconsciemment, plus prompts à louer  les qualités humaines des femmes que leur propension à monter un business ou faire de grandes découvertes. Il est par exemple prouvé que le  vocabulaire utilisé dans les lettres de recommandation est très différent quand la lettre soutient une candidate ou un candidat : les hommes sont brillants quand les femmes sont plutôt fiables.

Enfin, de nombreuses études tendent à montrer que plus un secteur gagne en prestige, plus il se déféminise à l’instar de l’enseignement, de la médecine ou de certaines carrières juridiques. Si c’est plutôt une bonne nouvelle pour le numérique qui effectivement gagne des galons à chaque seconde, c’est une mauvaise nouvelle pour la féminisation du secteur.

 

Et maintenant qu’est ce qu’on fait ?

Concernant l’orientation, la solution passe par plus d’éducation à l’école et dans la société. Il faut cesser de conjuguer algorithmes et équations au masculin et littérature au féminin. Le comble quand on sait que les premiers auteurs femmes ne sont apparues dans les manuels que très récemment. Développer l’enseignement de l’informatique dans le secondaire voire le primaire devrait y contribuer.

Concernant l’université, un certain nombre d’études ont montré  que relooker les cours d’informatique  avait un impact non négligeable. Ainsi en 2014,  un nouveau cours d’informatique  introduit à Berkeley et intitulé Joy of Computing, a fait grimper la proportion de femmes dans ces cours jusqu’à 50 %. Au-delà de cet intitulé glamour, le contenu concerne aussi l’informatique dans la société ; ce serait d’autant plus facile à généraliser que les algorithmes sont partout aujourd’hui : des réseaux sociaux à la télévision, de la santé à l’économie, jusque dans les banques et le marketing. Il y a surement plein d’autres idées à exploiter.

Éclairer les membres des comités de recrutement et  de promotions sur la présence  de biais inconscients peut contribuer à les éliminer, au moins partiellement.

Enfin, les femmes du numériques, certes déjà très sollicitées se doivent de jouer leur et de répondre positivement aux multiples demandes de représentation, sinon rien ne bougera jamais.

Pour conclure, le numérique est probablement le secteur qui a le plus d’avenir, qui générera le plus d’emplois et de business : la parité y est donc de mise.

CEO et cofondatrice de Mediego, Anne-Marie a eu auparavant une carrière académique (ancienne directrice de recherche à INRIA) dans le domaine de l'informatique. Elle saura vous apporter des connaissances techniques et vous transmettre sa passion pour les algorithmes de recommandation.

Anne-Marie Kermarrec

CEO, Mediego

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